
Cette anthologie est destinée aux amateurs et amatrices de poésie, et aux personnes curieuses qui souhaiteraient découvrir la culture traditionnelle de la Chine. À celles qui s'intéressent plus spécifiquement à l'histoire de la littérature chinoise, elle permet un aperçu rapide des œuvres lyriques de ces époques, moins connues que les textes poétiques des époques antérieures.
Ces poèmes sont extraits d'une anthologie bilingue plus large de la poésie chinoise tardive, en cours d'élaboration par l'auteur du site, et qui compte à ce jour les traductions de plus de deux cents poèmes. Elle sera diffusée sous une forme appropriée après révision des traductions.
Parmi l'anthologie ont été aussi identifiés dans le sommaire, pour les visiteurs intéressés par ces deux thèmes :
- par le signe [風], les poèmes de vent,
- par le signe [晚], les poèmes du soir ou du début de la nuit.
Le site offre de plus aux sinisants la possibilité de s'initier à la langue classique en complément d'un apprentissage du chinois moderne. Chaque poésie, présentée dans l'anthologie en caractères dits « traditionnels », est aussi accompagnée de sa transcription romanisée (pinyin avec accentuation) et, pour 37 des poèmes proposés, repérés dans le sommaire par le signe [漢], d'une page dynamique qui peut permettre d'apprendre les caractères chinois correspondants (graphie classique chinoise, ton, pinyin, principaux sens) en les présentant dans un ordre aléatoire ; soit au total pour l'ensemble de ces poèmes 675 caractères (ou sinogrammes), dont une bonne moitié font partie des plus courants de la langue chinoise moderne.
Mis à jour le 2 septembre 2010.
*** NOUVEAU ! ***
Ce mois-ci :
Avec 蘇東坡 Su Dongpo (蘇軾) (1037 – 1101), qui tient dans la littérature chinoise un rôle équivalent à Victor Hugo dans la nôtre par sa puissance créatrice et sa prolixité, et son ami 黃庭堅 Huang Tingjian (1045 – 1105), tout se complique.
Le ci 詞, chant lyrique à vers irréguliers jusqu’alors surtout consacré à des thèmes liés aux peines des épouses et concubines délaissées dans les boudoirs, autour de l’attente, de l’amour déçu, va être dès lors adopté pour traiter les sujets les plus divers : récits de voyages ou anecdotes, méditations, rêveries et souvenirs, évocations patriotiques, etc. Ceci est nouveau parce que de tels sujets, jugés plus nobles, étaient jusqu’alors réservés au shi 詩 et à la poésie en vers réguliers en pure langue classique, formes poétiques dont il faut bien dire qu’elles commençaient à l’époque Song, comme notre alexandrin national après 1850, à atteindre le stade de l’épuisement.
Inversement, ces deux poètes vont aussi traiter en poésie régulière des thèmes plus sentimentaux, naturels ou triviaux, ce qui leur sera reproché d’ailleurs, inévitablement, par certains critiques grincheux des âges ultérieurs.
Il s’agit donc bien au total à la fois d’un élargissement et d’un approfondissement des thèmes de la poésie au-delà de ce qui avait pu être embrassé par leurs illustres prédécesseurs de l’époque Tang. Mais ceci aura aussi des conséquences sur leur langage et leur expression poétique qui, et particulièrement dans le cas de Huang Tingjian, devient plus exigeante, pour le poète comme pour le lecteur : par l'abstraction, la recherche d’originalité, les allusions. La poésie gagne ainsi en profondeur ce qu’elle perd peut-être en spontanéité et en musicalité – c’est du moins ce que pourra leur reprocher la poétesse Li Qingzhao, qui s’orientera dans d’autres directions.
Les textes que nous présentons pour la première fois ce mois-ci peuvent permettre de mesurer tout ce qui sépare Huang Tingjian et Su Dongpo (notre poème du mois) de leurs prédécesseurs immédiats comme Ou Yangxiu ou Yan Jidao.
Attention : l’inédit du mois n’est pas indexé par les moteurs de recherche, il disparaît le mois suivant et ne reviendra définitivement dans l’anthologie qu’après une période indéterminée et longue… Ne le manquez pas !
Les nouveautés de juillet :
梅堯臣 Mei Yaochen (1002 – 1060) est un poète qui tranche par l’originalité des thèmes qu’il aborde, très souvent tirés de la vie quotidienne ou d’anecdotes personnelles, comme cette nuit perturbée par le tapage des souris. Mais il sait leur conférer une grande dimension morale ou philosophique (ainsi sur le thème de la mort d’un animal familier, son « Offrande pour le chat » aussi sincère que juste dans l’émotion) et aborder tous les registres : voyez le passage, en quelques lignes, de l’évocation de la vieillesse à l’onirisme de l’ivresse dans « Au retour du Dragon Vert », notre inédit du mois.
Avec 歐陽修 Ou Yangxiu (1007 – 1072), homme politique et écrivain inspiré et prolixe, et 晏幾道 Yan Jidao (1030 – 1106), le 詞 atteint l’apogée de son âge classique, avant que Su Dongpo ne vienne bouleverser les limites du genre. C’est la grâce, la délicatesse des images et des sentiments qui caractérise le premier. Chez le second, la solitude de la femme délaissée, thème traditionnel du 詞, se nourrit de l’expérience personnelle du poète pour s’approfondir en une expression poétique des plus abouties.
Les nouveautés de juin :
Une dizaine d’œuvres du début de l’époque Song et quatre poètes qui initièrent le développement du 詞 ci (poème à chanter ou ode) avec des poésies dont l’inspiration et la matière sont typiques du genre et que leurs successeurs seront amenés ensuite à renouveler.
D’abord 柳永 Liu Yong (987 ? – 1053 ?), le plus universel, celui qui peut-être nous semble le plus proche, sentimental et inspiré, poète du voyage et des amours ardentes et éphémères… Liu l’Éternel ! Tant d’empires qui se voulaient millénaires ont sombré à pic en quelques années dans le feu et la fureur, mais voyez : ce bon à rien, sauf à versifier, a traversé les siècles et se porte comme un charme, et, depuis mille ans, par la seule puissance des mots, il règne toujours sur les cœurs de ces Dames et Demoiselles quand elles peuvent le lire… Quel talent !
Deux autres écrivains se consacrent aux thèmes les plus classiques des 詞 : 范仲淹 Fan Zhongyan (989 – 1052) est surtout un poète de l’attente et de l’amertume de l’exil, tandis que 張先 Zhang Xian (990 – 1078) insiste sur la fugacité des instants qui passent et l’affliction de l’amour que la distance contrarie.
Mais c’est 晏殊Yan Shu (991 – 1055) qui sait le mieux évoquer en quelques images la qualité particulière des sentiments et des émotions, baignées de tristesse ou plus sereines, qui se rattachent à tel ou tel moment.
Et toujours :
Quinze Poèmes Chinois pour les enfants. Découvrir le monde et découvrir les mots, cela va ensemble : c'est pourquoi l'enfance (petite et grande) est un moment privilégié de découverte de la poésie, pour autant qu'on ne le transforme pas en exercice rébarbatif.
Trop d'images électroniques papillonnent devant les yeux de nos jeunes, où se trouve certes parfois le meilleur, mais aussi souvent le pire. Offrons-leur plutôt des occasions de s'ouvrir vers l'imaginaire. Incarné dans les mots, le rêve n'est plus illusion : mais plutôt ce qu’on a souvent appelé "la vie intérieure".
On a donc rassemblé en format livre, téléchargeable en fichier pdf, une quinzaine de poèmes choisis,
plus faciles à aborder pour de jeunes lecteurs, éventuellement assistés d'un adulte, que la plupart de ceux qui figurent dans le reste de l'anthologie. Voici donc Quinze Poèmes Chinois pour les enfants.
Mais ajoutons que ce recueil pourrait intéresser aussi des "grandes personnes" en quête d'émotion et de sérénité. Poésie pour enfants ne veut point dire poésie infantile.
L'écriture chinoise : qu'est-ce que c'est ? Comme, en chinois, les mots sont caractères, on a adjoint au recueil et au site quelques éclaircissements sur la façon dont s'est formée l'écriture chinoise.
Deux grands textes classiques de la littérature chinoise (avec contexte historique et notes) :
La Chronique de la Source aux Fleurs de Pêchers de Tao Yuan Ming (365-427) : une utopie à la chinoise, l’évocation d’une société idéale isolée des vicissitudes de l’histoire dans le repli d’une montagne. Un mythe de référence pour les poètes chinois qui suivront.
La Ballade de Mulan : une poésie populaire de l’époque des Dynasties du Nord (386-581). Une jeune fille part incognito défendre les frontières chinoises à la place de son père. Le poème qui a inspiré le dessin animé, ici en version originale sous-titrée et en exclusivité sur la Toile francophone !
Quelques œuvres classiques très célèbres de l’époque Tang :
D’abord le poème sans doute le plus su et le plus récité de la planète, car tous les écoliers
chinois l’apprennent, Aube de printemps 春曉 de 孟浩然 Mèng Hào Rán : tout en subtilité, gracieux comme une trille d’oiseau dans la torpeur du réveil, il mérite largement la réputation dont il jouit.
Une courte poésie de 王維 Wáng Wéi (701 – 761), l'un des plus grand poètes Táng, Les adieux, un chef-d'œuvre de simplicité classique, qu’on pourra comparer avec les œuvres plus tardives du florilège.
Un poème du grand 李白 Lǐ Bó Sous la lune seul à boire dont nous risquons ici une interprétation légèrement différente de celles qui sont usuellement proposées.
On a également ajouté quelques remarques sur des traductions suscitées par l’expérience des textes poétiques en chinois classique, et susceptibles d’être complétées au fil du temps.
Les caractères 晚風 ("Vent du soir") qui s’inscrivent sur le fond sont un détail (les deux derniers caractères) d’une célèbre calligraphie de l’empereur Huizong 宋徽宗 dont on a tenté de reconstituer la dynamique des traits de pinceau…
L’illustration de tête de page a été réalisée par l'auteur du site à l’aide du logiciel Terragen 2.
Ce site avait eu précédemment pour adresse http://home.tele2.fr/labyrinthes.
蘇軾
Sū Shì (1037 – 1101)
Sur l’air d’« En souvenir d’une charmante suivante »