Anthologie bilingue de la poésie chinoise tardive
Le pouvoir impérial échut à 徽宗 Huizong en 1101 à l’âge dix-huit ans par suite d’un concours de circonstances ; il n’y avait été nullement préparé. Pourtant, son règne durera 25 ans, et il ne fut interrompu que par l’invasion du pays en 1125 par les barbares Jürchen.
Huizong n’est pas une personnalité insignifiante, loin s’en faut. C’est un calligraphe exceptionnel, un grand peintre, comme l’attestent les œuvres qu’il nous a laissées, et, selon Simon Leys, qui s’y connait en matière de littérature, un bon poète. Un collectionneur et un théoricien de l’art pictural aussi, qui ne se contente pas de tenir le pinceau : il fonde et dirige personnellement l’académie impériale de peinture, qui deviendra un très actif centre de réflexion, de formation et de création artistique. L’académie rassemble aussi l’exceptionnelle collection d’œuvres antérieures constituée par Huizong, qui est mise à la disposition des artistes. L’influence de cette institution sera durable dans toute la suite de l’art pictural chinois.
Mais l’empereur n’a ni goût ni talent pour les affaires d’État. La Cour devient le lieu de toutes les intrigues entre factions rivales, les paysans modestes sont écrasés d’impôts, tandis que l’armée est aussi inefficace que pléthorique et coûteuse. Face à l’adversité, il s’affole, laissant précipitamment le trône à son fils pour fuir lors de la première attaque des Jürchen sur Kaifeng. Puis, capturé avec lui et une partie de la Cour en 1127, il sera emmené en exil et mourra en captivité vers 1135, à un âge prématuré pour un Chinois de son époque et de sa condition.
Ceci est le 詞 qu’il composa sur le chemin de son exil.
Ainsi se termina tristement la vie de ce souverain, qui avait payé de sa personne pour porter au plus haut le développement culturel de la Chine, et qui n’a peut-être eu que la malchance de ne pas rencontrer son Richelieu.
On appréciera, dans le texte présenté ici, avec le brusque changement de ton du milieu du poème qui marque la sortie du rêve et la confrontation à la brutale réalité, en une parfaite métaphore du déroulement de son règne, aussi bien la délicatesse de l’expression de l’artiste que la dignité et la sincérité de l’individu face au destin, qui révèlent des qualités humaines dont bien des dirigeants en d’autres temps et sous d’autres longitudes semblent dépourvus.
宋徽宗 - 趙佶
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